mardi 25 avril 2017

Le Yogasûtra

 

  Au fil de la Liberté

 

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Le Yogasûtra

de Patanjali

Chapitre un

À propos de la pleine conscience




1.1


Atha yogànusàsanam.

Maintenant la voie de la Libération va vous être enseignée dans la continuité d'une transmission ininterrompue.

Le mot yoga, à l'époque de la rédaction du Yogasûtra, signifiait « libre », « liberté », « libération », « repos ». Il s'agit de la libération des chaînes du samsara. Ce qui est enseigné n'est pas le yoga mais la voie de la Libération. Il serait étrange de traduire tous les mots sanskrit sauf le mot yoga. Le mot yoga a signifié « unité », « union » à cause d'un moine errant, Adi Shankara, au huitième siècle de notre ère. C'est lui qui a donné le sens, utilisé depuis, au mot yoga. On date la rédaction du Yoga sûtra de moins deux cent à plus cinq cent de notre ère, soit largement avant Adi Shankara.



1.2

Yogà citta-vrtti-nirodhah.

La liberté est l'indifférence aux variations du mental.


J'ai traduis « nirodha » par « indifférence » et non par « arrêt » ou « interruption », car on ne peut pas arrêter l'activité du mental. Tout ce que l'on peut faire c'est arrêter d'y prêter attention, c'est tout l’intérêt de la méditation. Le mot yoga signifiait, à l'époque de Patanjali, ce que l'on a vu plus haut, on peut donc utiliser plusieurs sens en fonction du contexte. Ici on ne peut pas dire : « la voie de la Libération est l'indifférence aux variations du mental », car une voie est un ensemble de pratiques et l'indifférence aux variations du mental n'est qu'une des composantes de la sadhana. On peut traduire cet aphorisme comme je vous l'ai proposé ou comme ceci : « Le repos est... ». Le mental doit rester un outil. Il faut en garder le contrôle. Il est sans cesse en activité, même pendant le sommeil. Si ces activités vous débordent, elles sont génératrices de souffrance et si vous ne pouvez pas les faire cesser, il vous est possible de ne pas y prêter attention, comme si vous regardiez le ciel et qu'un nuage passait sans que vous ne le suiviez du regard.La méditation, par des techniques appropriées, sert à cela.

 

 

1.3


Tadà drastuh svarùpe'vasthànam.

Alors le Témoin s'installe dans sa nature essentielle.


« Témoin » est un autre nom pour désigner l'âme ou « conscience ». La nature essentielle de l'âme est la paix, la béatitude.



1.4

Vrtti-sàrùpyam itaratra.

Autrement il y a identification aux fluctuations du mental.



1.5

Vrttayah pancatayyah klistàklistàh.

Les fluctuations du mental sont de cinq types, douloureuses et non douloureuses.


Certaines des variations du mental génèrent de la souffrance, de la confusion, d'autres non. Au début de la méditation, une de ces fluctuations est utile et permet de commencer à se concentrer (dhàranà).



1.6

Pramàna-viparyaya-vikalpa-nidrà-smrtayah.

Raisonnement juste, pensée erronée, imagination, sommeil, souvenirs.



1.7

Pratyaksànumànàgamàh pramànàni.

La perception claire, la déduction et l'enseignement par une parole faisant autorité sont les moyens de la connaissance.




1.8

 

Viparyayo mithyàjnànam atad-rùpa-pratistham.

L'ignorance, la connaissance erronée viennent du manque de profondeur de la conscience.



1.9

Sabda-jnànànupàtï vastu-sùnyo vikalpah.

Les connaissances conceptuelles et les discours qu'elles produisent sont des produits d'une vaine imagination.


Les connaissances lues, apprises n'ont aucune réalité, aucune vérité . Elles sont peut-être le fruit de l'expérience directe d'autres personnes, mais leur narration, ni leur récitation, ne peuvent les faire vivre. Ces connaissances n'ont pas de réalité; elles sont théoriques. Ce sont les concepts.



1.10

Abhâva-pratyayàlambanà vrttir nidrà.

Le sommeil et ses rêves sont une agitation du mental sans vérité contenue.



1.11

Anubhùta-visayàsampramosah smrtih.

Les souvenirs sont les empreintes laissées par l’expérience.


1.12

Abhyàsa-vairàgyàbhyàm tan-nirodhah

L'Observance assidue de la Sadhana, le détachement calment le mental.



1.13


Ttra sthitau yatno'bhyàsah.


Alors l'Observance assidue est un effort soutenu pour s'établir en soi-même.



1.14

Satu dïrgha-kâla-nairantarya-satkàràsevito drdha-bhùmih.



Mais elle (l'Observance) est une base solide que si elle est pratiquée avec ferveur, persévérance, de façon continue et pendant longtemps.


Ou


Une vraie et ininterrompue attitude de dévotion, qui dure depuis longtemps, donne des fondations solides.


La posture-intérieure est la seule qui existe sur La Voie et cette posture est faite de diverses vertus spirituelles comme l'humilité, la simplicité, la soif de vérité et la joie, l'enthousiasme. L'enthousiasme donne l'élan, la dynamique pour pratiquer avec constance et c'est aussi une reconnaissance de la Grâce reçue. Pour contrôler les variations du mental il faut de la motivation, de la joie. Ils sont d'une grande aide pour tenir sur la distance.



1.15


Drstànusravika-visaya-vitrsnasya vasïkàra-samjnà vairàgyam.

Par le détachement on ne désire plus les objets que l'on connaît ou dont on a entendu dire qu'ils existaient.


Les désirs ne sont pas les besoins. Les besoins sont légitimes : l'être humain a des besoins fondamentaux comme de se nourrir, de se loger, de vivre en sécurité, en société etc. Il est légitime de répondre à ces besoins mais les désirs sont une autre chose. Manger du caviar est-ce se nourrir ? Ne pas accorder d'importance à ses désirs est une liberté. La pratique spirituelle vraie donne cette liberté, ce détachement. Sans détachement pas de lâcher-prise, de décollage possible !



1.16

Tat param purusa-khyàter guna-vaitrsnyam.

La contemplation de sa nature essentielle mène au vrai détachement de l'influence des gunas.


La contemplation du vrai soi se fait dans la méditation profonde (dhyàna), sans porter attention aux pensées. Elle permet de retrouver sa vraie nature, son vrai soi qui est l'âme-incarnée, la conscience, en réduisant l'influence des trois gunas sur notre identité et notre comportement.


1.17

Vitarka-vicàrànandàsmità-rûpànugamàt samprajnàtah.

Le pratiquant connaît différents niveaux de conscience, de la confusion à la joie, jusqu'à la béatitude, selon qu'il est plus ou moins dans la dualité.



1.18

Viràma-pratyayàbhyàsa-pùrvah samskàra-seso'nyah.

Au degré le plus haut de la méditation, quand le détachement contrôle le mental, il reste toujours les résidus des impressions.


Les pensées ne peuvent être arrêtées, c'est impossible : tant que le cerveau fonctionne les pensées, les impressions sont là mais il est possible de leur "tourner le dos" par la méditation.Il faut, pour cela, un objet de méditation constant, fiable, facile, intérieur et qui ne dépende pas du mental. Ce qui exclut les mantras et autres mandalas. Pourtant, même une méditation profonde ne peut effacer les résidus de l'activité psychique. Parfois, quand on va au fond de soi, un nuage de ces résidus se lève, comme de la vase quand un plongeur touche le fond. Ne soyez pas déconcerté par ce phénomène, parfois générateur de peur et de confusion. Continuez de pratiquer et ce nuage retombera.



1.19

Bhava-pratyayo videha-prakrti-layànàm.

Ceux qui n'ont plus conscience du corps à cause de la dévotion fusionnent dans la nature originelle.


La nature originelle de toutes choses est l'Unité d'où tout provient. Fusionner dans cette nature c'est le samadhi ou nirvikâlpa-samadhi, pour un degré plus grand. La dévotion, bhakti est la perle du chemin, la clé des portes du Royaume.



1.20

Sraddhà-vïrya-smrti-samàdhi-prajnà-pùrvaka itaresàm.

Le samadhi vient par la foi, la constance, la connaissance non-apprise (vijnana) et donne une perception aiguë de la vérité.


La juste-vue est précédée d'autres états, d'autres acquis de la pratique spirituelle, d'autres vertus comme énumérées dans l'aphorisme. Le samadhi est une méditation très profonde, où la césure entre le méditant et l'objet de sa méditation s'estompe jusqu'à disparaître. Cette proche fréquentation de la vérité donne, à la conscience, un grand discernement à propos de ce qui est vrai et de ce qui ne l'est pas, par simple comparaison. Les concepts n'entrent pas en jeu, ni les savoirs appris. C'est le principe de la connaissance non-apprise ou vijnana .



1.21

Tïvra-samvegànàm àsannah.

L'atteignent ceux qui en ont une soif intense.


Ce qui est atteint c'est la béatitude sans graine, sans cause objective, au delà des mérites du pratiquant, autrement dit un samadhi presque accidentel, une Grâce. Sans une soif intense cette conscience ne peut apparaître.




1.22

Mrdu-madhyàdhimàtratvàt tato'pi visesah.

Même dans ce cas, l'intensité de l'Observance fait une différence.


1.23

Ïsvara-pranidhànàd và.

Ou bien la dévotion pour le Seigneur mène au Royaume.



1.24

Klesa-karma-vipàkàsayair aparàmrstah purusa-visesa ïsvarah.

Le Seigneur (Ishvara) est différent de l'homme : il n'est pas touché par les causes de la souffrance, Ni par la loi de l'action-réaction, pas plus que par la confusion.



1.25

Tatra niratisayam sarvajnatva-bïjam.

En lui (Ishvara) est la semence d'une connaissance totale.


Cette connaissance totale est évidemment le Veda (Pas le livre), ou connaissance-suprême non-apprise (vijnana). Ce mot désigne la connaissance révélée. Les connaissances apprises sont utiles, pour le mental et la vie terrestre, et pour mettre ses concepts en ordre, mais le plus important, spirituellement, est la connaissance venue de la méditation, sans mots, sans pensées. Apprendre dans des livres, en espérant que cet apprentissage ouvrira les portes de la compréhension du subtil, de la profondeur, est une erreur. C'est dans l'autre sens que ça marche : c'est l'inspiration qui apporte la compréhension.



1.26

Sa pùrvesàm api guruh kàlenànavacchedàt.

Hors du temps il est le guru suprême, celui des premiers maîtres.


Le mot guru signifie qui chasse les ténèbres de l'ignorance par la lumière de la connaissance. Il ne s'agit pas là d'une image et la connaissance n'est pas celle des livres. La lumière dont il s'agit est une vraie lumière, qui brille. Grâce à une technique de méditation dite ''de-la-lumière'' cette lumière-intérieure peut être vue. Les ténèbres de l'ignorance sont la confusion. L'ignorance est la nescience.



1.27


Tasya vàcakah pranavah.

Son Nom est le son-primordial*.

* Son-primordial : pranavah signifie "son-primordial" ou "son-cosmique" mais aucunement « Ôm ». Ceux qui traduisent pravanah par « Ôm » se basent sur le concept du mantra, pas sur la lexicologie sanskrite. Sur La Voie, ce nom imprononçable, que l'on ne peut écrire et que l'on peut entendre en faisant le silence, et en connaissant la technique de méditation appropriée, ce nom nous en parlons en disant "Saint-Nom" ou "Verbe". Dans la littérature mystique traditionnelle indienne, le Saint-Nom est nommé : « Shabda-Brahman », c'est-à-dire « Dieu sous forme de son ». Ce son est révélé. Il n'est pas un mantra et se prononce seul, naturellement en chaque être-humain, il n'y a qu'à l'écouter pour méditer, pas besoin de répéter 26600 fois un mantra, « Ôm » ou un autre (Soham).



1.28

Taj-japas tad-artha-bhâvanam

La méditation sur ce son qui se répète est la méditation sur Dieu.


Il s'agit d'un son qui se répète et, comme expliqué à l'aphorisme précédent, il n'est pas besoin de répéter un mantra. Dans le texte sanskrit original, il n'est pas mentionné de mantra. Cette méditation est l'ancêtre du pranayama mais n'est pas le pranayama. Dieu est contenu en tout et dans le souffle aussi et le souffle n'a pas besoin de nous pour se faire. Vouloir maîtriser le souffle est une erreur.



1.29

Tatah pratyak-cetanàdhigamo'pyantaràyàbhàvas ca.


En conséquence* les obstacles disparaissent et vient la pleine conscience.

* De cette méditation. Quels sont ces obstacles ? Ils sont les fluctuations du mental, les pensées, les impressions, les émotions. Ils jettent un voile d'illusion sur le regard de votre conscience ainsi que ce qui est décrit dans le verset suivant. Par la méditation profonde, Dhyana, l'Observance ces obstacles sont franchis. Attention: ils n'ont pas disparus. Il faudra les franchir à chaque méditation même si, à force de pratique, ça devient de plus en plus facile et rapide.



1.30

Vyàdhi-styàna-sansaya-pramàdàlasyàvirati-bhrânti-darsanàlabdha-bhùmikatvànavasthitatvàni cittaviksepàs te'ntaràyàh.

Les obstacles sont la maladie, l’inertie, les doutes, la négligence, la paresse, l’indiscipline, l’imagination, le manque de persévérance, le retour en arrière et les fluctuations du mental.



1.31

Duhkha-daurmanasyàngam-ejayatva-svàsa-prasvàsà viksepa-sahabhuvah.

Ces distractions peuvent faire cesser l'Observance et entraîner chagrin, désespoir, agitation et oubli du souffle*.


* Le souffle a à voir avec le « son-qui-se-répète » et l'oubli du souffle est l'oubli de la méditation en action ou service dans l'Unité. Cela a à voir avec le pranayama mais pas tel qu'il est pratiqué depuis longtemps et aujourd'hui. Plus de précision est donnée lors de la Révélation, ou « initiation » à La Voie.



1.32

Tat-pratisedhàrtham eka-tattvàbhyàsah.

Observer la Sadhàna vous garde de ces choses.



1.33

Maitrï-karunà-muditopeksànàm sukha-duhkha-punyàpunya-visayànàm bhàvanàtas citta-prasàdanam.


Vous pouvez garder l'esprit apaisé par les comportements suivants : vis-à-vis des gens heureux, pratiquez l’amitié, des malheureux, la compassion, des vertueux la gaîté, de ceux qui agissent mal, l'indifférence.



1.34



Pracchardana-vidhàranàbhyàm và prànasya.

Vous pouvez aussi arriver à cette paix par la méditation sur le souffle.


Faute de pouvoir méditer profondément, quand les circonstances, l'environnement ne sont pas favorables, qu'il y a trop de bruit, vous pouvez vous concentrer sur la respiration comme objet de méditation. Méditer sur le souffle est le pranayama originel qui n'a rien à voir avec celui pratiqué aujourd'hui, où le méditant tente de maîtriser le souffle. Ce qu'il faut, entre autres choses, c'est se laisser maîtriser par le souffle.



1.35

Visayavatï và pravrttir utpannà manasaï sthiti-nibandhanï.


Poursuivre cette méditation dans l'action aide à rester en paix.


Ce verset parle d'un des quatre piliers de La Voie : le service. Le service c'est méditer tout en agissant. La technique du Saint-Nom peut être pratiquée assis et tout en vaquant à ses occupations, pas aussi profondément mais suffisamment pour rester focalisé et à l'abri des changements du mental. C'est ça que signifie stabiliser cette paix. C'est le véritable karma-yoga ou ''union dans l'action'' ou ''Non-agir''.



1.36

Visokà và jyotismatï.

Vous pouvez aussi méditer sur la paix de la lumière-intérieure.


Cette lumière-intérieure est une manifestation du Saint-Nom que l'on peut voir en soi, quand on connaît la technique appropriée. Dans la « Sochanda-Tantra », cette technique est mentionnée (mais non enseignée) au verset 13. Dans la « Gheranda-Samhita », section des Mudras, cette technique est nommé : « Shambavi-Mudra ».



1.37

Vïtaràgavisayam và cittam.

Vous pouvez aussi libérer votre mental de tout attachement, de tous désirs et passions.


Ce verset est ironique, comme les deux suivants. C'est facile de dire qu'il faut libérer son mental de tout attachement, désirs et passions ! Mais sans ces techniques de méditation et une sàdhana authentique, comment faire ? En lisant les deux prochains versets vous comprendrez ce qu'il y a d'ironique.



1.38

Svapna-nidrà-jnànàlambanam và.

Vous pouvez aussi chercher la connaissance dans les rêves.


Vous voyez l'ironie ! Les rêves n'ont évidemment rien à voir avec une pratique spirituelle, tout au plus peuvent-ils aider pour une thérapie touchant à la psyché, l'affect mais ils n'entrent pas dans une sadhana authentique. Les versets 1.37, 1.38 et 1.39 sont ironiques, les rédacteurs du livre avaient sans doute le sens de l'humour.



1.39

Yathàbhimata-dhyànàd và.

Ou faire comme bon vous semble.

Là vous ne pouvez que voir l'ironie !



1.40

Paramànu-parama-mahattvànto'sya vasïkàrah.

Avec la maîtrise de la contemplation, la conscience pénètre dans l'essence de l'infiniment petit et de l'infiniment grand.


La maîtrise de la contemplation, ou du contrôle des changements du mental par la méditation permet à la conscience de trouver, dans la vacuité, l'essence de tout, de l'infiniment grand comme de l'infiniment petit.



1.41



Ksïnà-vrtter abhijàtasyeva maner grahïtr-grahana-gràhyesu tat-stha-tad-anjanatà samàpattih.

Comme le pur cristal prend la couleur des objets placés près de lui, le pratiquant, libre des fluctuations du mental, sort de la confusion et atteint la parfaite conscience de la béatitude, absorbé dans L'Unité.


Un sucre que vous posez debout sur une sous-tasse, où il y a un fond de café, pompe ce café et en prend la couleur. La conscience, lorsqu'elle atteint Dhyana, puis le samadhi, la vacuité pleine de béatitude, se remplit d'elle et en prend la ''couleur''. L’harmonie de la posture intérieure répond à l'harmonie de L'Unité.



1.42

Tatra sabdàrtha-jnàna-vikalpaih sankïrnà savitarkà samàpattih.

À ce stade le sens, l’objet* et le savoir fusionnent pour devenir la connaissance.

* Du savoir. La connaissance (vijnana) étant là aussi l'état de conscience particulier de celui qui est dans la béatitude, cette béatitude que Jésus désignait par le mot Royaume. Tout ce qui est pluriel se fond dans l'Unité. Le sens, l'objet et le savoir se fondent.



1.43

Smrti-parisuddhau svarùpa-sûnyevàrtha-mâtra-nirbhàsà nirvitarkà.


Quand le mental est à l'abri des pensée, des souvenirs et qu'il n'a plus conscience de lui-même, il y a béatitude.


L'Unité, la béatitude est l'état de conscience désigné par le vocable ''Satçitananda''. C'est l'état de parfaite conscience de la béatitude, c'est-à-dire de la paix contenue dans l'Unité. La béatitude est plus que la paix. Il y a aussi de l'amour et la certitude d'être accompli. Cette conscience d'être là où l'on doit à faire ce que l'on est censé faire participe de la béatitude. On peut se fondre dans cette béatitude.



1.44

Etayaiva savicàrà nirvicàrà ca sùksma-visayà vyàkhyàtà.

Il se passe la même chose dans les deux stades de méditation suivants, que ce soit avec ou sans fluctuations du mental, conscience de l'identité illusoire et de l'espace-temps.


Finalement on se moque bien des stades de méditation : on médite et advienne que pourra, le but étant de laisser remonter à la surface la conscience.



1.45

Sùksma-visayatvam càlinga-paryavasànam.

Le point où culmine ce processus de méditation est l'Unité, la vacuité, satçitananda.



1.46

Tà eva sabïjah samàdhih.

Les stades de méditation décrits jusqu'ici sont dits ''avec graine''.


Ces états de conscience, ces méditations sont nommés ainsi car ils sont le résultat d'une pratique assidue qui progresse marche par marche. Ils ne sont pas les fruits spontanés de la Grâce. Les graines sont les efforts, les actions, l'Observance que vous avez semés et qui ont donné leurs fruits.



1.47

Nirvicàra-vaisàradye'dhyàtma-prasàdah.

La conscience de la béatitude, sans pensées ni distinctions étant acquise, apparaît la lumière de L'Être-Suprême.


La conscience de la béatitude est l'état de parfaite union avec L'Un. En méditation profonde on voit cette lumière les yeux fermés. L'être suprême, Dieu est aussi lumière mais pas seulement : il est vibration, musique, amour, paix. Pour faire cette expérience il est bien d'avoir des techniques et une voie spirituelle le permettant. Il existe une technique de méditation qui permet de voir cette lumière.


1.48

Rtambharà tatra prajnà.

A ce stade la connaissance devient plénitude de vérité.


La vérité n'est plus très à la mode aujourd'hui, sous nos latitudes, quand on n'accepte pas d'être embrigadé et pourtant elle existe sans pour autant empêcher les vérités personnelles de s'épanouir. Au delà des vérités individuelles il en est une qui est universelle et c'est de cette vérité, le dénominateur commun à tout, dont il est question ici.



1.49

Srutànumàna-prajnàbhyàm anyavisayà visesàrthatvàt.

Cette connaissance n'est pas issues d'apprentissages.


1.50

Taj-jah samskàro'nya-samskàra-pratibandhï.

L'effet de cette connaissance balaie les résidus de l'esprit.


Les résidus sont tout ce qui reste de nos actes, de nos pensées. La contemplation assidue nettoie le pratiquant de ces résidus, de ces impressions issus du passé, mais avant d'être évacués ils soulèvent un voile trouble. Ne vous laissez pas abuser par ce trouble, cette confusion.



1.51

Tasyàpi nirodhe sarva-nirodhàn nirbïjah samàdhih.

Quand cet état s'installe, il y a extase sans autre support que l'extase.


Dans un samadhi cet état de pleine conscience, il n'existe plus que la béatitude éclatante et la technique de méditation, qui a permis au méditant d'y arriver, n'existe plus, c'est-à-dire que le méditant ne la pratique plus, non pas parce qu'il l'a décidé mais parce qu'il ne peut rien faire, entièrement absorbé dans la contemplation extatique.




Chapitre deux

À propos de la pratique




2.1

Tapah-svàdhyàyesvara-pranidhànàni kriyà-yogah.

Pratique assidue, méditation du vrai soi, dédication à Dieu sont le prix de la libération.


L'ascèse est l'ensemble des pratiques spirituelles, la Sàdhana. La méditation du vrai soi signifie que c'est la conscience profonde qui médite, pas le mental. La dédication est la dévotion pratique.


2.2

Samàdhi-bhàvanàrthah klesa-tanù-karanàrthas ca.

Le but de la pratique est de gommer les causes fondamentales de la souffrance et par la contemplation d'amener à l'Unité.



2.3 

Avidyàsmità-ràga-dvesàbhinivesàh klesàh.

Il y a cinq causes de souffrances : l'ignorance, le faux-ego, l'attachement, l'aversion de la vie et la peur de mourir.


Le faux-ego est la résultante du manque de conscience, de l'ignorance, l'autre face de l'ego. Certains geek diraient ''le côté obscure de l'ego''. L'ego est donné à l'âme pour qu'elle ait conscience d'elle-même. Le mot faux-ego est employé dans la Bhagavad-gîtà.



2.4

Avidyà ksetram uttaresàm prasupta-tanu-vicchinnodàrànàm.

L’ignorance est le domaine du sommeil, de l'inactivité, D'une vie fragile où l'on n'existe pas.


Ce verset signifie que vivre dans l'ignorance (la nescience) est comme une vie passée à dormir, un rêve fragile où l'on n'existe pas. Au contraire d'une vie en conscience, avec la Connaissance où tout prend un sens, une raison. Il ne faut pas confondre une vie ''réveillée'' avec l'éveil : l'éveil est l'état de Bouddha atteint à travers le Nirvikâlpa-samadhi.



2.5

Anityàsuci-duhkhànàtmasu nitya-suci-sukhâtma-khyàtir avidyà.

L'ignorant prend l'impermanent pour l'éternel, l'impur pour le pur, la douleur pour le plaisir, le malheur pour le bonheur et le faux-ego pour l'âme.



2.6

Drg-darsana-saktyor ekàtmatevàsmità.

Le faux-ego est le soi illusoire né de la confusion, de la conscience identifiée au mental.


Le faux-ego est une des parties de la souffrance. Lorsque la force de révélation, que représente la conscience pure, et la force de perception, que représente le milieu mental, sont prises l'une pour l'autre, par ignorance, cela donne une entité, racine de toutes les souffrances : le faux-ego.



2.7

Sukhànusayï ràgah.

L'attachement vient du plaisir.



2.8

Duhkhànusayï dvesah.

L'aversion vient de la souffrance.



2.9

Sva-rasa-vàhï viduso'pi tathàrùdho'bhinivesah.

La peur de mourir est aussi puissante chez l'ignorant que chez celui qui a la connaissance.


Ici « Patanjali » nous dit deux choses : que la peur de mourir habite tout le monde, ignorant, savant, pauvre, riche et qu'elle habite aussi celui qui a la connaissance, je veux dire vijnana, cette connaissance non-apprise, cette connaissance révélée dans la fréquentation de l'Unité dans dhyana et samadhi. C'est pourquoi j'ai traduis « savant » par « celui qui a la connaissance ».



2.10

Te pratiprasava-heyàh sùksmàh.

La souffrance peut être évitée en reprenant conscience de l'essence.


Revenir en conscience à l'essence est le fait de revenir sans cesse au centre de soi, à l'abri des changements de l'état mental, par la pratique de la méditation en action. Un des quatre piliers de La Voie, le service, permet de le faire.


2.11

Dhyàna-heyàs tad-vrttayah.

La méditation profonde est le moyen d’éviter la souffrance.


La souffrance vient des fluctuations du mental (vrttis) que nous désignons parfois par le mot ''psychotage''. Évidemment si vous n'en souffrez pas le besoin de méditer ne vous prendra pas.



2.12



Klesa-mùlah karmàsayo drstàdrsta-janma-vedanïyah.

Le karma a ses racines dans les causes de la souffrance*. Le karma peut être rapide ou tarder à venir.


* l'ignorance, le faux-ego, l'attachement, l'aversion de la vie et la peur de mourir. Le bilan des actes est le karma et le karma, qui est la loi d'action-réaction, est très actif dans l'existence de ceux qui n'ont pas la connaissance, c'est-à-dire la conscience de la béatitude. Les causes de l'affliction sont la non-connaissance ou nescience, ou confusion de l'ignorance.


Donc le karma et la souffrance ont les mêmes racines ; l'ignorance ou manque-de-conscience. Les conséquences des pensées, des paroles et des actes peuvent venir vite ou tardivement. Plus une âme est évoluée, proche de sa dernière incarnation et plus la survenue des conséquences est rapide.


On peut se placer hors du karma en restant dans le non-agir, dans la conscience en action. Sur La Voie, un de ses quatre piliers, le service, permet de viser ce paradigme : agir en dehors des conséquences, dans le vrai détachement et dédication par la pratique d'une des quatre techniques révélées, celle dite du Saint-Nom ou, quand cette pratique est trop difficile à cause des conditions extérieures, par la respiration consciente.



2.13

Sati mùle tad-vipàko jàtyàyur-bhogàh.

Aussi longtemps que ces racines du karma existent, les fruits de nos actes seront bons ou mauvais.



2.14

Te hlàda-paritàpa-phalàh punyàpunya-hetutvàt.

Selon que les actes auront été bons ou mauvais, leurs fruits seront douleur ou plaisir.



2.15

Parinàma-tàpa-samskàra-duhkhair guna-vrtti-virodhàc ca duhkham eva sarvam vivekinah.

Celui qui a la juste-vue sait que la Màyà, les aléas de la vie, la peur du changement et les impressions résiduelles sont source de nombreuses souffrances.


La juste-vue est autre chose encore que le discernement. La juste-vue est une des conséquences de l'éveil. Après un nirvikâlpa-samadhi, le méditant est éveillé. C'est ainsi que sri Gautama est devenu le Bouddha, pas en réfléchissant sur les causes de la souffrance. Tous les éveillés le sont après un tel samadhi, une telle extase où l'âtman se fond dans l'Unité. La juste-vue n'est pas le discernement, elle est bien au-delà, mais on gagne en discernement par l'Observance assidue, sans pour autant avoir eu un Nirvikâlpa-samadhi ni être un éveillé. Plus la conscience s'affine et plus le discernement augmente.


2.16

Heyam duhkham anàgatam.

La souffrance promise peut toujours être évitée.


L'inévitable souffrance de l'ignorance peut encore être évitée en demandant la Connaissance, la Révélation. Ainsi on a les moyens de se mettre à l'abri dans Sa Grâce par l'Observance assidue de l'agya et la pratique, l'Observance des quatre piliers.



2.17

Drastr-drsyayoh samyogo heya-hetuh.

La cause de cette souffrance est l'identification à l'illusion.


Quand par ignorance on s'identifie au mauvais soi, on souffre. Ce qui peut guérir de cette souffrance est l'identification au vrai soi. Mais pour réussir à s'identifier au vrai soi encore faut-il être capable de le discerner et quand on ne sait pas le faire il faut demander à quelqu'un qui sait, d'où l'utilité d'un maître, un maître qui sait... pas théoriquement mais pratiquement.



2.18



Prakàsa-kriyà-sthiti-sïlam bhùtendriyàtmakam bhogàpavargàrtham drsyam.


Le monde est le jeu des trois éléments qui sont à l'origine de la création et des sens et sources d'expériences menant à la Libération.


Les trois éléments sont les gunas, 1/Sattva : l'équilibre, la lumière, la connaissance. 2/Rajas : le dynamisme, le mouvement, la passion, la force et 3/Tamas : l'inertie, la masse, la passivité, les ténèbres, l'ignorance. Ces constituants fondamentaux des éléments et des sens qui les perçoivent permettent l'accomplissement de son dharma spirituel, la Libération des chaînes des incarnations. Notre incarnation, et la Création divine qu'est le monde où vous vivez, sont le lieux et le temps de cet accomplissement et de la Lilà (le jeux) de Dieu.



2.19

Visesàvisesa-lingamàtràlingàni guna-parvàni.

Ces forces opèrent aux niveaux grossier, subtil, causal et non manifesté.


Ceci pour dire qu'elles ont une influence sur tous les plans. Le plan non manifesté est celui de l'Unité, du non phénoménal. Il est vrai que la lumière-intérieure peut être vue comme la première des trois forces, comme le Saint-Nom peut être considéré comme la deuxième des forces et l'énergie de Dieu, omniprésente comme une masse. Comme si les trois forces se reflétaient d'une dimension causale à la dimension non manifestée.



2.20

Drastà drsi-màtrah suddho'pi pratyayànupasyah.

Le vrai soi, bien que pur, voit les choses du monde à travers les impressions du mental.


Le vrai soi, voit à travers les yeux de chaire et ces yeux ont leurs "drivers" dans le mental et le mental est tout sauf objectif. C'est là une source d'erreurs importante, l'illusion intérieure où beaucoup de gens se trouvent. Cette vision à travers les impressions du mental fait la nescience ou ignorance et engendre la souffrance.



2.21

Tad-artha eva drsyasyàtmà.

C’est pour l'âme que la vision existe.


Les yeux sont les organes de perception visuelle destinés à l'usage de l'âme. Souvent le mental, sous l'influence du faux-ego, fait une sorte de voile qui trouble le regard, le déforme mais c'est l'âme qui regarde.


2.22

Krtàrtham prati nastam apyanastam tad anya-sàdhàranatvàt.


Pour celui qui est libre, et a la juste-vue, l'illusion de la dualité n'existe plus, bien qu'elle soit toujours réelle pour les autres.


Cette liberté vis-à-vis du mental, des émotions, du karma, cette juste-vue ne peuvent être obtenus par l'étude des textes, par la réflexion intellectuelle, philosophique ni parce que vous le décidez. Elles viennent quand la conscience est placée au bon endroit et que la vision intérieure est libérée du voile de l'illusion, des concepts. Il a été dit plus haut qu'il n'était pas obligé d'être éveillé pour avoir du discernement. La juste-vue vient avec le Nirvikâlpa-samadhi, l'éveil.



2.23

Sva-svàmi-saktyoh svarûpopalabdhi-hetuh samyogah.

L'expérience de la dualité est nécessaire au but ultime de l'âme : réaliser sa vraie nature et se libérer.


Le but de l'incarnation est d'avoir une conscience. Cette conscience est donnée par l'ego. Sans ego l'âme individuelle n'existerait pas. Il faut pouvoir dire je pour avoir une conscience. Il faut aussi la liberté de dire oui et non, pour avoir une conscience individuelle, c'est le libre-arbitre. L'ego donne aussi le libre-arbitre. La succession des incarnations, le samsâra, est ce qui permet à cette nouvelle conscience de s'affiner jusqu'à pouvoir revenir à sa source en toute conscience et liberté. L'incarnation, l'existence dans un monde physique, phénoménal et temporel entraîne inévitablement la dualité. C'est la dualité qui donne la dimension à l'existence incarnée. Il est juste, alors de dire que l'expérience de la dualité est nécessaire au but ultime.



 

2.24

Tasya hetur avidyà.

La cause de cette expérience de la dualité est l'ignorance.


Donc l'ignorance est utile à la réalisation de sa vraie nature. Tout est la Lilà de Dieu (son jeu). L'ignorance est ici le contraire de la connaissance révélée, celle du son-primordial, le Saint-Nom. L'ignorance participe de la Lilà de Dieu. Elle est la conséquence de l'incarnation. Mais pour gagner la Libération il faut retrouver la connaissance. C'est le propos de la Révélation, de l'Observance de l'agya.



2.25

Tad-abhàvàt samyogàbhàvo hànah tad-drseh kaivalyam.

Lorsque cesse l'ignorance, l'attachement à l'illusion n'existe plus et c'est la libération dans l'Unité.


Il ne suffit pas de recevoir la Révélation des quatre techniques de méditation, d'avoir l'agya, ses quatre piliers, de les observer et de suivre l'enseignement de la parole vivante (le guru) pour que cesse l'ignorance. Il s'agit de réaliser cette connaissance. C'est le propos de La Voie.



2.26

Viveka-khyàtir aviplavà hànopàyah.

L'ignorance est vaincue par une conscience à la vision juste.


Ce discernement juste, cette vision juste ne se décrètent pas. Vous ne vous levez pas, un beau matin, pris de la bonne résolution d'avoir un discernement et une vision juste, ça ne s'apprend pas. Ils viennent par l'approfondissement de sa conscience et cet approfondissement vient par la pratique assidue des trois premiers piliers et de l'Observance du quatrième, les angas.



2.27

Tasya saptadhà prànta-bhûmih prajnà.

La conscience atteint l'éveil en sept étapes.



2.28

Yogàngànusthànàd asuddhi-ksaye jnàna-dïptir àviveka-khyàteh.

La fusion de la conscience, dans la béatitude parfaite*, huitième niveau du yoga, est atteinte en sept étapes.


* « Béatitude parfaite » : satçitananda, « parfaite conscience de la béatitude). Jésus disait : « le Royaume », Lao-Tseu le « Tao ».



2.29

Yama-niyamàsana-prànàyàma-pratyàhàra-dhàranà-dhyàna-samàdhayo'stàv angàni.

Ces étapes sont « Yama » : le respect de ses devoirs vis-à-vis des autres et de soi-même, « Niyama » : l'autodiscipline, « Asana » : avoir une posture stable et confortable en méditation, « Prànàyàma » : garder son attention posée sur la respiration, « Pratyàhàra » : placer ses sens en état de perception atténuée,
« Dhàranà » : garder son attention sur un seul point et ne pas bouger, « Dhyàna » : méditation profonde et pour finir le samadhi, entrer en contemplation et se fondre dans la béatitude.


La première étape est nommée dharma, sur La Voie. Ce devoir sacré vis-à-vis de nous et des autres est essentiel. Assumer ses responsabilités en tant que citoyen, automobiliste, père, époux, mère, épouse, pompier, professeur, etc. C'est une base. Pour la constance de l'Observance l'autodiscipline est une vertu cardinale. Il en est question dans l'agya, au quatrième pilier, les « angas »..


Ici vous voyez que l'àsana, en tant que posture physique, est simple : il suffit, dans la méditation, de tenir une position qui soit stable et confortable. Pour se concentrer sur l'essence il faut oublier le corps et pour ça il est bon que le corps ne se rappelle pas à vous par des douleurs ou un inconfort.


Le prànàyàma est simplement de porter son attention sur la respiration, on ne parle nulle part de retenir son souffle à un moment donné pas plus que de compter les secondes de l'inspire ou de l'expire. Compliquer cette respiration est du domaine des concepts. La façon de faire correcte est expliquée au cours de la Révélation qu'un aspirant peut demander à son guru.


Dhàranà, ne pas bouger, sans cette phase préparatoire à dhyana vous ne pourrez pas connaître pratyāhāra. Pratyàhàra est courant dans toutes les méditations un peu profondes : ne pas bouger ne serait-ce qu'un doigt et ne pas tenir compte de ses sens afin d'être dans un état de perception atténué. Les quatre techniques révélées permettent d'arriver à cette fin, d'atteindre cet objectif. Pour plonger la conscience dans l'Unité il s'agit d'oublier le corps et le mental ne serait-ce que pendant le temps de la méditation.

Puis vient le samadhi, la contemplation profonde. Les exégètes du yoga en connaissent de toutes sortes. Ce qui compte c'est la contemplation, qu'elle ouvre sur l'éveil ou non. L'éveil n'est pas le but, c'est la réalisation et la Libération qui sont le but et on peut les atteindre sans passer par l'éveil.



2.30

Ahimsà-satyàsteya-brahmacaryàparigrahà yamàh.

La non-violence, la véracité, l’intégrité, la tempérance, le désintéressement sont les devoirs que l'on doit respecter vis-à-vis d'autrui.



2.31

Ete jàti-desa-kàla-samayànavacchinnàh sàrva-bhaumà mahàvratam.

Ces règles de vie sont à observer sans condition de naissance*, de lieu, d'époque ni de conventions. C'est la grande règle*.


* Naissance : il est ici question des castes en Inde.
* La grande règle : est-ce « le livre de Manu » ? Le yoga de « Patanjali », La Voie n'est pas hindouiste, or « Le livre de Manu » est hindouiste, donc la réponse serait non.


2.32

Sauca-santosa-tapah-svàdhyàyesvara-pranidhànàni niyamàh.

Les devoirs vis-à-vis de soi sont : la pureté, la propreté et l'honnêteté, la sobriété, le contentement et la sérénité, la détermination, l'ardeur dans la pratique, la connaissance venue de l'intérieur, la foi éclairée, la dévotion et la dédication.


Ces devoirs sont de l'ordre du dharma, de l'agya pour un disciple de La Voie.


2.33

Vitarka-bàdhane pratipaksa-bhàvanam.

Prisonnier des concepts, on doit se tourner vers le contraire.


Le contraire des concepts c'est la vérité, la réalisation. Se tourner vers le contraire des concepts c'est méditer, que ce soit dans la méditation formelle, ou dans le service, un des quatre piliers de La Voie qui est la méditation dans l'action ou, pour Lao-Tseu, le « non-agir ».



2.34

Vitarkà himsàdayah krta-kàritànumodità lobha-krodha-moha-pùrvakà mrdu-madhyàdhimàtrà duhkhàjnànànanta-phalà iti pratipaksa-bhàvanam.

Les obstacles au yoga*, comme les actes violents et le mensonge, peuvent être volontaires ou non, motivés par la colère ou l'intérêt personnel. Petits ou grands ils mènent sans faillir à la souffrance de l'ignorance. Pour surmonter ces obstacles il faut se tourner vers l'intérieur où ils sont impossibles.

* Yoga : au repos du mental, à la libération (sens du mot « yoga » à l'époque de Patanjali). Il s'agit de la libération des chaînes du samsara. L'ignorance, ici encore, n'est pas un manque de connaissances apprises mais l'absence de la connaissance (non-apprise ou vijnana).



2.35

Ahimsà-pratisthàyàm tat-sannidhau vaira-tyàgah.

Celui qui est fermement installé dans la non-violence renonce à répondre à l'agressivité.

Sauf évidemment pour défendre son intégrité physique ou celle d'un autre, d'une victime. Il s'agit là du dharma et de l'agya.



2.36

Satya-pratisthàyàm kriyà-phalàsrayatvam.

La motivation des actes de celui qui est dans la vérité est la vérité.


La vérité dont il s'agit ici n'est pas une vérité individuelle, comme tous les êtres-humains ont. Il ne s'agit pas non plus d'un concept plus pertinent que d'autres ni d'une véracité mais de la connaissance (vijnana). Ce qui motive les actes de celui qui reste centré sur la vérité intérieure, la paix, le Saint-Nom, c'est cette vérité, cette paix, ce Saint-Nom. Ainsi les actes d'un disciple qui observe l'agya seront-ils empreints de l'harmonie qui est source de tout.



2.37

Asteya-pratisthàyàm sarva-ratnopasthànam.

Pour celui qui est bien installé dans la non-possession, le joyau est pleinement présent.


Le joyau est ici la conscience de l'Unité, il ne s'agit pas de pierres précieuses mais bien d'un joyau tout spirituel, la vérité, la conscience de cette vérité, la béatitude. Lao-Tseu parlait d'un « trésor de jade » ((Tao-Te-King, livre deux, phrase 70). Le lâcher-prise, ici la non-possession, est un joyau. Attention, la non-possession ne signifie pas obligatoirement ne ne pas avoir quelque chose, mais signifie ne pas être possédé par cette chose. Il est possible de disposer d'une automobile et de s'en servir pour se déplacer sans y être attaché. La possession c'est l'attachement, la non-possession c'est le détachement, le vrai, pas le dénuement ni la privation.



2.38

Brahmacarya-pratisthàyàm vïrya-làbhah.

A celui qui est établi dans une vie vertueuse, vient la satisfaction de la persévérance.

La satisfaction donnée par la persévérance est le résultat des efforts sur la durée.


2.39



Aparigraha-sthairye janma-kathantà-sambodhah.

Quand le détachement est installé, vient la pleine compréhension du propos de l'existence.


Le détachement ici n'est pas de tourner le dos aux gens ni à des objets, d'avoir une posture intellectuelle ''je n'ai plus d’intérêt pour ces gens ni ces choses''. Le détachement est simplement l'attachement à l'essentiel, au son-primordial, à la conscience intérieure à travers l'Observance assidue de l'agya, qui est la Sàdhana de La Voie. Quand on est attaché à l'essentiel on est automatiquement détaché du reste. Le détachement n'est pas l'indifférence, pas plus que le non-agir n'est de ne plus rien faire.



2.40

Saucàt svànga-jugupsà parair asansargah.

La pureté du corps et de l'esprit développe le détachement vis-à-vis de son propre corps et vis-à-vis de celui des autres.


Le détachement du corps des autres parlent ici de chasteté, ou, pour le moins, de retenue, ce qui correspond à « brahmacharya », un des cinq « yamas » ou observances.



2.41

Sattva-suddhi-saumanasyaikàgryendriya-jayàtma-darsana-yogyatvàni ca.

Quand le corps est nettoyé, l'esprit purifié et les sens contrôlés, vient la conscience joyeuse nécessaire à la pleine réalisation.


La pleine réalisation est la maîtrise de la pratique des quatre piliers de La Voie qui est l'Observance de l'agya.


2.42



Santosàd anuttamah sukha-làbhah.

La satisfaction est l'insurpassable accomplissement du bonheur.


Cette satisfaction n'est pas l'assouvissement des désirs mais l'insurpassable accomplissement du bonheur et si cet accomplissement est insurpassable c'est qu'il est suprême. Il s'agit là d'un bonheur spirituel qui n'a rien à voir avec les biens du monde, les bonheurs des sens et des amours humains. Ce qui ne signifie pas que les bonheurs humains soient méprisables. Simplement il s'agit d'autre chose.


2.43

Kàyendriya-siddhir asuddhi-ksayàt tapasah.

Grâce à la l'autodiscipline, les impuretés sont écartées, et le corps, ses sens fonctionnent parfaitement.


La discipline ne s'exerce pas seulement dans des actes spirituels, comme une ascèse méditative particulière ou des rituels précis, elle concerne aussi les actes quotidiens. Si toute votre existence est disciplinée, raisonnable, comme les soins du corps, le soucis de sa santé et son alimentation, alors la vie spirituelle s'en trouve positivement impactée. Le corps est le temple de Dieu. C'est lui qui permet la pratique des trois premiers piliers et l'Observance du quatrième. Prendre soin de soi est de l'ordre du dharma, est prévu par deux des devoirs : la pureté, la propreté et l'honnêteté ainsi que la sobriété, le contentement et la sérénité.



2.44

Svàdhyàyàd ista-devatà-samprayogah.

La communion avec Le Dieu adoré se fait à force d'intériorisation.


Intériorisation en tant que pénétration dans les profondeurs de la conscience,
par la méditation. Il ne s'agit pas de psychanalyse.



2.45

Samàdhi-siddhir ïsvara-pranidhànàt.

La dévotion pour le Seigneur a le pouvoir de conduire à l'extase parfaite.


La dévotion n'est pas la bigoterie, il ne s'agit pas de chanter les mantras ni d'être toujours en train de tripoter son chapelet machinalement, de se raser le crâne ou de se recouvrir de cendres. La vraie dévotion, bhakti, est de suivre pratiquement les préceptes vrais menant à la Libération et de suivre l'enseignement de son guru. L'extase parfaite est le nirvikâlpa-samadhi, porte d'entrée de l'éveil. Ensuite, une fois cette dévotion vraie trouvée, si vous voulez chanter des chants dévotionnels et vous prosterner en pranam, grand bien vous fasse.



2.46

Sthira-sukham àsanam.

En méditation la position doit être tenue facilement et agréablement.


C'est là l'unique mention qui est faite, à propos des asàna, dans le livre. Il est demandé de la facilité et du confort afin de pouvoir rester longtemps en méditation. Si vous êtes mieux semi allongé ou allongé avec les jambes tenues en l'air sur un gros coussin, c'est que cet asàna convient. Dans ce livre vous ne verrez pas de mention à propos de la kundalini ni des chakras.



2.47


Prayatna-saithilyànanta-samàpattibhyàm.

On atteint la béatitude quand la position est maîtrisée.


La béatitude, la paix, est le critère pour dire qu'une posture est bonne ou mauvaise. Si vous arrivez à la paix-intérieure, à cette vacuité pleine de joie, alors c'est que votre posture est bonne. Les quatre techniques de méditation de La Voie n'ont pas de postures particulières. Mais l'explication ne peut pas être plus précise : ces techniques sont révélées aux chercheurs qui en font la demande expresse.


2.48

Tato dvandvànabhighàtah.

Il en résulte que l'on ne subit plus la dualité.


2.49

Tasmin sati svàsa-prasvàsayor gati-vicchedah prànàyàmah.

Cela étant le souffle se fait imperceptible.


Tous les yogi expérimentés savent qu'à un moment la respiration devient si subtile que c'est comme si ce n'était plus nous qui respirions mais que c'était le Saint-Nom qui respirait à notre place, venant du dehors et nous traversant sans faire bouger notre cage thoracique, nos poumons. C'est une impression.


2.50

Bàhyàbhyantara-stambha-vrttir desa-kàla-sankhyàbhih-paridrsto dïrgha-sùksmah.

La respiration est lente et subtile, elle commence et se termine hors du corps.


2.51

Bàhyàbhyantara-visayàksepï caturthah.

Quatrièmement, la notion de souffle disparaît.


2.52

Tatah ksïyate prakàsàvaranam.

Alors est retiré le voile cachant la lumière.


Ce voile est celui de l'illusion de notre mental aveuglé. La lumière dont parle ce verset est une véritable lumière qui brille vraiment en nous et qu'il est possible de voir en fermant les yeux et en utilisant une des quatre techniques de méditation révélées. Cette technique est la ''technique de La lumière''.


2.53



Dhàranàsu ca yogyatà manasah.

Alors le mental devient capable de se concentrer.


2.54

Sva-visayàsamprayoge cittasya svarùpànukàra ivendriyànàm pratyàhàrah.

Quand les sens ne perçoivent plus les objets de la dualité, ils entrent en harmonie avec l'essence de la conscience.



2.55

Tatah paramà vasyatendriyànâm.

Il s'en suit la totale maîtrise des sens.


Cette maîtrise n'est pas un but, un pouvoir mais un moyen d'atteindre la Réalisation.



Chapitre trois


À propos de l'ultime accomplissement




3.1


Deśabandhaścittasya dhāraṇā.

Garde ton esprit fixé sur un point.


C'est l'ABC de la méditation, encore faut-il choisir sur quel point garder sa concentration. Les quatre techniques enseignées sur La Voie répondent exactement à cette préoccupation : donner des points fiables qui n'alimentent pas le mental.



3.2


Tatra pratyayaikatānatā dhyānam.

Garder cette concentration de façon ininterrompue est la contemplation*

* Contemplation : ou « méditation ». 


3.3


Tadevārthamātranirbhāsaṁ svarūpaśūnyamiva samādhiḥ.

Quand le méditant ne perçoit plus les pensées, que seul l'objet de la méditation existe, il y a extase.


Le samadhi est l'extase. Plusieurs auteurs traditionnels dénombrent plusieurs types de samadhi, cette manie de tout quantifier et détailler ainsi ! Mais il reste l'extase. Ce mot est souvent traduit par ''concentration'', ce qui est non seulement faux, mais très réducteur.



3.4


Trayamekatra saṁyamaḥ.

Les trois combinés* donnent la maîtrise des fluctuations.


* Trois combinés : dharana, dhyàna et samadhi, différents stades de méditation.

 

 

3.5


Tajjayātprajñālokaḥ.

Par cette maîtrise vient la lumière de la connaissance.


La lumière de la connaissance n'est pas celle de l'image d'Archimède s'écriant ''Eurêka'', avec une ampoule électrique brillant au-dessus de sa tête. Cette lumière est une vraie lumière qu'il est possible de voir briller en soi, en fermant les yeux et en pratiquant une technique particulière que les initiés à La Voie.


Cette technique est décrite (plutôt mal et imparfaitement) dans la « Gheranda-Samhita », section des Mudras, sous le nom de Shambhavi-Mudra, au verset 59 : « Dirigez votre regard vers un point situé au centre de la ligne des sourcils, et méditez sur votre soi, la lumière-intérieure. Cette technique s'appelle « Shambhavi-Mudra », la plus secrète des pratiques des écritures tantriques. » Cette description n'est pas complète. L'explication complète est donnée au moment de la Révélation.



3.6


Tasya bhūmiṣu viniyogaḥ.

Son instauration se fait étape par étape.


L'établissement de la maîtrise des variations du mental ou « samyama ». Chaque chose en son temps et chaque marche est importante. Vouloir brûler les étapes est la marque de l'ego-spirituel, de sa vanité, de l'impatience génératrice de frustrations.



3.7


Trayamantaraṅgaṁ pūrvebhyaḥ.

Les trois* constituent la part intérieure du yoga comparées aux cinq précédentes**.


* Angas : dhàranà, dhyàna et samadhi.

** Yama (devoirs moraux vis à vis de soi et des autres, sur La Voie on dit « dharma ») : niyama, être discipliné dans sa pratique et sa vie quotidienne. Àsana : c'est avoir une posture confortable pouvant être tenue longtemps lors de la méditation. Prànàyàma : garder sa conscience sur le souffle. Pratyàhàra : contemplation par l'atténuation des perceptions sensorielles.



3.8


Tadapi vahiraṅgaṁ nirvījasya.

Mais même ces trois sont tout de même extérieures à l'essence de l'Unité*.


* Parce qu'elles ont des causes, les quatre angas précédent, contrairement à ce qui est « sans-graines », c'est-à-dire sans causes : le non-né, l'essence de l'Unité.


3.9


Vyutthānanirodhasaṁskārayorabhibhavaprādurbhāvau nirodhakṣaṇacittānvayo nirodhapariṇāmaḥ.


Par la maîtrise des tendances à la dispersion vient la méditation profonde et l'esprit, sans perdre sa nature, peut dominer la confusion.



3.10


Tasya praśāntavāhitā saṁskārāt.

Par cela il y a la Grâce de la paix parfaite.



3.11


Sarvārthataikāgratayoḥ kṣayodayau cittasya samādhipariṇāmaḥ.

L'extase vient quand la distraction décline et que s'installe la contemplation.



3.12


Tataḥ punaḥ śāntoditau tulyapratyayau cittasyaikāgratāpariṇāmaḥ.

L'esprit atteint alors une étape où l'extase est continue.


Quand l'attention ne tient plus aucun compte des pensées et que la contemplation est profonde, l'extase est continue mais pas toute la journée. L'extase est continue le temps qu'elle dure, celui de la méditation. Elle peut durer une, cinq ou douze heures, dans cette durée être ininterrompue mais elle ne dure pas toute la vie. La béatitude peut être continue, pas l'extase. En extase on est complètement incapable de faire quoi que ce soit.



3.13


Etena bhūtendriyeṣu dharmalakṣaṇāvasthāpariṇāmā vyākhyātāḥ.

Pour le pratiquant, les caractéristiques apparentes du temps, de la matière et des sens changent à cause du processus qui vient d'être décrit.


En extase le temps n'existe pas. On peut y être resté durant plus de douze heures et en ressortir en ayant la certitude qu'elle n'a duré que trois ou quatre secondes. L'espace n'existe plus non plus, en conscience, car l'extase se passe dans un continuum inhabituel où il n'y a que lumière, sans repère topographique pour appréhender sa position. On a pourtant l'impression d'y avancer à très grande vitesse, comme un boulet de canon. Évidemment que les sens habituels sont abolis. Déjà pour arriver à l'extase, le nirvikalpa-samadhi, il est nécessaire de se placer dans un état de perception modifié.



3.14


Śāntoditāvyapadeśyadharmānupātī dharmī.

La paix vient pour celui qui se plie à ses devoirs.


Les devoirs sont les dharma, ces obligations sacrées vis-à-vis des autres et de soi. Celui qui se plie à ses devoirs connaît la paix. On dit souvent la satisfaction du devoir accompli. Cette satisfaction, cette paix relèvent de la Grâce. La Grâce vient à qui l'appelle et l'assumation de ses devoirs est un appel puissant.


3.15


Kramānyatvaṁ pariṇāmānyatve hetuḥ.

La succession de ces phases différentes est la cause des différences perçues*

* Selon l'étape où est rendu le méditant, sa perception changera.


3.16


Pariṇāmatrayasaṁyamādatītānāgatajñānam.

La conséquence des trois dernières parties* est la connaissance non-apprise**.


* les trois derniers angas : dhàranà, dhyàna et samadhi.

** Vijnana.



3.17


Śabdārthapratyayānāmitaretarādhyāsātsaṅkarastatpravibhāgasaṁyamāt
sarvabhūtarutajñānam.

Le mélange des mots, des objets et des idées crée la confusion. La méditation profonde permet la compréhension.



3.18


Saṁskārasākṣātkaraṇātpūrvajātijñānam.

La réalisation du but de son incarnation a pour conséquence, grâce au lien direct unissant l'âme à Dieu, une juste perception*.


* La juste-vue.


3.19


Pratyayasya paracittajñānam.

La juste perception permet la communion avec l'esprit d'autrui.


Ici la perception du lien ancien permet de réaliser ce qui nous unit. C'est le dénominateur commun, la vie est en tout et tous. Il ne s'agit pas de la télépathie. Le yoga n'est pas l'école des super-pouvoirs.



3.20


Na ca tatsālambanaṁ tasyāviṣayībhūtatvāt.

Mais pas avec ses concepts, ses pensées, car la juste perception ne les concerne pas directement.


Il est possible de communier avec l'essence de tout et de chacun mais pas d'entrer dans le mental d'autrui, son contenu, car la méditation ne concerne que le méditant et pas l'autre. Ainsi il n'est pas possible, ni souhaitable, de pouvoir lire dans l'esprit des autres grâce à la connaissance du lien commun que tous avons avec Dieu. Une fois que l'on a réalisé que la spiritualité vraie n'avait rien à voir avec des pouvoirs plus ou moins magiques on peut aller vers son accomplissement en toute vérité.



3.21


Kāyarūpasaṁyamāttadgrāhyaśaktistambhe cakṣuḥprakāśāsamprayoge'ntardhānam.

Quand l’œil voit briller la lumière, le corps, sous sa forme habituelle, disparaît avec l'illusion.


Quand brille la lumière de l’œil, il s'agit bien sûr du troisième œil ou l'ajna chakra. Ce verset signifie qu'en méditant sur la lumière-intérieure, celle du troisième œil, disparaît l'illusion du corps, l'illusion que les sens du corps permettent de voir. Tout ce qui est illusion n'est pas inexistant, simplement tout ce qui né meurt et tout ce qui est impermanent est illusion, à terme. Mais l'illusion fait partie du Tout.



3.22


Sopakramaṁ nirupakramaṁ ca karma tatsaṁyamādaparāntajñānamariṣṭebhyo vā.

Le temps séparant une cause de ses effets est variable, il peut être court ou long selon celui qui agit. La maîtrise du mental* donne celle du karma et la connaissance de la destinée ultime.


* Par l'Observance de la sàdhana. La maîtrise exercée sur le karma signifie la méditation dans l'action ou karma-yoga, ce que l'on désigne par le mot service. Pour le « Tao-Te-King » il est question de « non-agir ». Le destin dont il est question dans ce verset est la finalité de la vie, la désincarnation avec ou sans Libération.

 

 

3.23


Maitryādiṣu balāni.

On redevient comme un enfant*, quand elle** s'exerce avec détachement et dévotion.


* Le mot sanskrit « balà » signifie « force » mais aussi « comme-un-enfant » ce qui semble plus convenir au but d'une voie spirituelle que la force. La force de quoi ? Pour quoi faire ?

** La maîtrise (samyama).



3.24


Baleṣu hastibalādīni.

Ainsi, comme un éléphant, elle* abat les obstacles**.


*Samyama, la maîtrise.

** Le mot sanskrit « hastin »(Baleṣu hastibalādīni), signifie « éléphant » mais dans le contexte du Yogasûtra, il fait référence à « Ganesh » (le fils de Shiva, Dieu du yoga) qui, entre autres pouvoirs, renverse, annule, supprime les obstacles. Ici il s'agit des obstacles sur la voie de la libération.



3.25


Pravṛttyālokanyāsātsūkṣmavyavahitaviprakṛṣṭajñānam.

Se projeter, par la méditation, dans la lumière-intérieure donne la connaissance de ce qui est subtil, caché, proche et distant.


Il a déjà été expliqué plus haut que la lumière-intérieure existait et qu'il était possible de la voir, en fermant les yeux et en utilisant une technique de méditation. Cette technique est décrite très incomplètement dans la « Gheranda-Samhita », section des Mudras, sous le nom de « Shambhavi-Mudra », au verset 59: « Dirigez votre regard vers un point situé au centre de la ligne des sourcils, et méditez sur votre soi, la lumière-intérieure. Cette technique s'appelle « Shambhavi-Mudra », la plus secrète des pratiques des écritures tantriques. » L'effet de sa pratique est, entre autres, de voir L'Un en toutes choses, proches et distantes. Les subtilités cachées sont la manifestation de L'Un visible seulement à une conscience libre des fluctuations mentales.



3.26


Bhuvanajñānaṁ sūrye saṁyamāt.

La méditation profonde, sur la source de vie, donne la compréhension des mondes

Subtils, comme du monde physique.



3.27


Candre tārāvyūhajñānam.

Par la méditation profonde sur la lumière, son éclat donne la connaissance*.


* Connaissance est ici à prendre dans le sens de connaissance non-apprise (vijnana), venue de l'intérieur par la conscience de la béatitude. Un ancien ouvrage chinois, « Lingbao Ming Xiaodanpai Daoyin Nei Gong », parle de cette vision intérieure, en ces termes : « La vision intérieure s’obtient en intervertissant le regard, en l’intériorisant. Cela s’effectue en tournant les pupilles verts l’intérieur tout en conservant les yeux mi-clos pour laisser pénétrer la lumière extérieure ». Ce livre continue en disant : « Les yeux relayant l’éclat des astres et en y ajoutant leur propre lumière deviennent alors le soleil et la lune de l’univers intérieur ».


C'est ce que signifie exactement ce verset 3.27. La suite du texte chinois cité plus haut dit : « Ces sources de lumière doivent ensuite être dirigées vers le centre situé au milieu de front entre les deux sourcils où une troisième source de lumière, identifiée avec l’étoile polaire, réfléchit la lumière des yeux et la renvoie vers l’intérieur ». Il est encore ici question de la technique de la lumière-intérieure. Cette technique est une des quatre techniques de méditation révélées sur La Voie .



3.28


Dhruve tadgatijñānam.

Restez avec le flot de la connaissance.



3.29


Nābhicakre kāyavyūhajñānam.


La maîtrise exercée sur le centre d'énergie, donne la connaissance qui protège les corps.


Ce centre d'énergie n'est pas un chakra mais un état de conscience, quand les fluctuations de l'esprit cessent. On dit que l'on est au centre, siège de l'énergie de l'âme et du corps. Les corps, dont on a la connaissance protectrice, par la maîtrise des variations du mental, sont le corps physique et mental. Quand notre conscience est délivrée de la confusion, de l'ignorance par l'Observance de l'agya et la pratique des quatre piliers, alors on prend soin de ses différents corps.



3.30


Kaṇṭhakūpe kṣutpipāsānivṛttiḥ.

La méditation sur le nectar fait cesser la faim et la soif.


Le nectar, dont la technique est le « Khechari-Mudra », est décrit dans la « Dhyanabindu-Upanishad » au verset 79-83 : « Le nectar ne tombe dans le feu ni le souffle, ne s'évapore lorsque la langue retournée, pénètre dans la Caverne-de-la-gorge (kantha-kupe), le regard, alors, se fixe à l'intérieur de l'espace compris entre les sourcils et c'est ce qu'on nomme le sceau (Mudra) de l'oiseau (Khechari) ». La technique du Nectar est une des quatre révélées sur La Voie. Ce verset parle du nectar et de cette technique de méditation ancestrale qui est, la plupart du temps, soit inconnue soit mal pratiquée.



3.31


Kūrmanāḍyāṁ sthairyam.

Sur le sourire-intérieur, elle* soumet les sens.


* La méditation. Ce que dit ce verset c'est qu'en pratiquant la méditation sur le Saint-Nom, les sens ne nous gênent plus, ils sont soumis. Ailleurs cette technique est nommée « Kewali-Kumbhak » ou « Shabda-Brahman ». Le livre « Gheranda-Samhita », section Pranayama, verset 84, en parle. Le fait de porter son attention sur cet endroit, le « kùrmanàdyàm » ou ''canal de la tortue'', afin de ressentir le feeling du Saint-Nom, ce sourire-intérieur, en même temps que l'air passe à l'inspire (l'Apana) et à l'expire (le Prana) est une des composantes de la technique. Certains parlent de Ham-Sa et recommandent de répéter ce son 21600 fois par jour. La vraie technique est révélée face à face à ceux qui en font la demande. Elle ne peut être expliquée par écrit.



3.32


Mūrdhajyotiṣi siddhadarśanam.

Méditer sur la lumière-intérieure fait connaître la perfection.


La technique de méditation sur la lumière, une des quatre révélées sur La Voie, est décrite dans la « Gheranda-Samhita », section des Mudras, sous le nom de « Shambhavi-Mudra », au verset 59. Évidemment cette description ne permet pas de la pratiquer car elle doit être révélée par un maître.



3.33


Prātibhādvā sarvam.

Méditer ainsi donne la connaissance parfaite.


Cette connaissance est la connaissance que donne l'inspiration à travers la pratique et le contact direct avec la nature divine fondamentale, satçitananda (vijnana).



3.34


Hṛdaye cittasaṁvit.

La méditation sur l'essence* donne la vraie compréhension.


* Le mot sanskrit « hrdaya » ne signifie pas que le cœur anatomique, il veut aussi dire : « vérité », « connaissance-divine », « l'intérieur du corps », « l'âme », « le mental », « l'esprit », « le centre », « l'essence », etc. Le centre dont parle ce verset est la conscience vraie qu'apporte la méditation profonde. La compréhension est le fait d'intégrer, de prendre « avec-soi » ce qui a été découvert dans la contemplation et à travers l'Observance de l'agya.



3.35


Sattvapuruṣayoratyantāsaṅkīrṇayoḥ pratyayāviśeṣo bhogaḥ parārthatvātsvārthasaṁyamātpuruṣajñānam.

Par la concentration sur la véritable nature de l'âme, distincte de toutes expériences, détachée des choses matérielles, dissociée de l'intellect, le yogi parvient à la connaissance.


Il s'agit là encore de la connaissance intuitive (vijnana) venue de la méditation profonde (Dhyàna et samadhi). Ce verset explique que la méditation sur la véritable nature de l'âme (le Saint-Nom) sans pensée et sans perceptions corporelles, sensuelles, apporte au méditant la véritable connaissance(vijnana) de la nature de l'âme. La compréhension vient par la méditation.



3.36


Tataḥ prātibhaśrāvaṇavedanādarśāsvādavārtā jāyante.

Par conséquence cette connaissance donne des facultés de perceptions mentales et sensorielles augmentées.


Quitte à déplaire à l'ego-spirituel, il ne s'agit pas là de super-pouvoirs (siddhis) mais simplement de la parfaite maîtrise de ses ''instruments-corporels'' due à la maîtrise des variations de l'état mental, à travers la pratique assidue. De plus, arrivé à un certain niveau de pratique et de conscience, on sent un parfum et on goûte le nectar, dont la technique est appelé « Khechari-Mudra ». La vision de la lumière-intérieure, par la pratique de la technique de méditation appropriée, est aussi une augmentation du sens de la vue.



3.37


Te samādhāvupasargā vyutthāne siddhayaḥ.

Ces facultés ressenties comme des pouvoirs, par celui qui est tourné au dehors, sont des obstacles sur la voie du samadhi.


Tout bon maître spirituel (éveillé) met en garde ses disciples à propos des supposés pouvoirs. C'est pourquoi parler des siddhis est une "hérésie" sur une voie mystique véritable. Le faux-ego, habillé en moine et devenu l'ego-spirituel, aime les pouvoirs un peu magiques et d'ailleurs le Yogasûtra n'en parle-t-il pas dans son livre trois : Vibhùtipàdah ? Non, il n'en parle pas, ce sont les traductions erronées de ce livre qui en parlent. Les super pouvoirs n'existent pas. Il n'est pas nécessaire d'avoir de super-pouvoirs pour entrer en samadhi, il faut juste avoir très soif, être humble, simple et constant dans son Observance. Cet aphorisme dit bien que ces facultés supérieures sont perçues comme des obstacles sur la voie (Bhakti) de la Libération.



3.38


Bandhakāraṇaśaithilyātpracārasaṁvedanācca cittasya paraśarīrāveśaḥ.

Se détacher du corps physique et mental, par la connaissance, conduit à sa dernière incarnation.


Après tout la voie du yoga est une voie vers la libération des chaînes des incarnations et dans un livre qui parle de l'ultime accomplissement il n'y a rien d'étrange à ce que l'on en parle un peu ! C'est dans ce verset.



3.39


Udānajayājjalapaṅkakaṇṭakādiṣvasaṅga utkrāntiśca.

Par la maîtrise dans l'inspiration, on se tient sans attachements au-dessus de la boue des marais des épines et de la mort.


La maîtrise (samyama) dans l'inspire (le souffle ascendant) c'est la maîtrise des vrttis durant l'inspire, comme durant l'expire. Se tenir au-dessus de la boue des marais, des épines et de la mort ne signifie pas léviter mais fait penser à l'image de la fleur de lotus et de la béatitude que rien ne peut atteindre. Qu'il soit fait mention de la fleur de lotus, dans un livre à propos du yoga, n'est pas fait pour nous étonner.


3.40


Samānajayājjvalanam.

Samanà maîtrise le feu.


Ici il est encore question du pràna et des souffles vitaux avec samanà, un des cinq. C'est celui qui est lié au flux vital de digestion. La maîtrise du feu par le pràna, lié à la fonction digestive, c'est la guérison des ulcères de l'estomac ce qui n'étonne pas quand on connaît le goût des indiens pour le piment. Il faut aussi savoir que le mot « pràna » signifie aussi l'expire ou expiration. L'expire, ou expiration, se dit « apana ». (Dhyanabindu-Upanishad ou « la méditation parfaite » versets 62 à 67).


3.41


Śrotrākāśayoḥ sambandhasaṁyamāddivyaṁ śrotram.

Par la méditation profonde on entend la musique divine.


La musique divine, ou musique-intérieure, est appelé « Nada ». Le fait de pratiquer la méditation sur cette Musique est « Nada-Yoga ». Voici une citation de la « Gheranda-Samhita » à la gloire de la musique, aussi nommée « le Son », section Pranayama, versets 77-81 : « Écoutez les sons agréables qui viennent dans votre oreille droite. Le premier son sera celui du chant d'un oiseau, le second celui d'une flûte, le troisième celui d'une nuée, le quatrième celui du criquet, le cinquième celui d'une cloche qui sonne, puis celui d'un gong métallique. Vous entendrez peut-être aussi des sons de trompette, de tambour. Si vous pratiquez quotidiennement, il vous sera donné d'entendre beaucoup d'autres sons. Ces sons sont « Anahata » (non produits) et ils surgissent d'eux-mêmes. Nada est en rapport avec la lumière. La lumière est en rapport avec la conscience (ou Esprit). L'esprit se plonge donc dans un son qui est le siège du Seigneur. La pratique de « Bhramari » (technique de la musique) donne donc le Siddhi (pouvoir) du Samadhi, ou autrement dit il donne la possibilité de rencontrer le samadhi. »



3.42


Kāyākāśayoḥ sambandhasaṁyamāllaghutūlasamāpatteścākāśagamanam.

Par la méditation profonde, le corps-subtil ressemble rapidement à du coton léger

flottant dans l'éther.


Ceux qui connaissent Dhyàna et la contemplation, connaissent cette sensation de coton léger flottant dans l'éther.



3.43


Vahirakalpitā vṛttirmahāvidehā tataḥ prakāśāvaraṇakṣayaḥ.

En nous sortant des fluctuations, le détachement du corps* a pour conséquence La disparition du voile cachant la lumière.


* Quand la conscience quitte le corps matériel, Mahà (grand) videhà (incorporel).



3.44



Sthūlasvarūpasūkṣmānvayārthavattvasaṁyamādbhūtajayaḥ.

Par la méditation profonde, une volonté gardant sous contrôle les éléments grossiers, voit le subtil dans l'apparence grossière.



3.45


Tato'ṇimādiprādurbhāvaḥ kāyasampattaddharmānabhighātaśca.

A cause de ça le corps apparent, les richesses, les événements incessants du destin semblent insignifiants.


A cause de ça, de la conscience des choses subtiles dans les apparences. C'est vrai qu'avec une conscience approfondie par la maîtrise des variations du mental, par la pratique constante d'une juste ascèse, les événements, les apparences physiques, les richesses semblent pour le moins secondaires sinon dénués de tout intérêt. La vie dans le monde, qui est la création de Dieu, est passionnante.



3.46


Rūpalāvaṇyabalavajrasaṁhananatvāni kāyasampat.

Le corps apparent du yogi tenant le vajra*, rassemble la Grâce, la puissance et un Samāna** stable.


* Le mot « Vajra » désigne une sorte de sceptre que l'on tenait en main en signe de majesté, dans l'Inde ancienne. Le « vajra » est l'attribut du dieu Indra. Il s’agissait, à l’origine de la foudre. Il représente l’indestructibilité et l'immutabilité qui viennent à bout de tous les obstacles et la grande sagesse (prajñā), signifiant ainsi que la béatitude, où est installé le yogi, est stable, aboutie.


** « Samāna », correspond au flux vital de digestion, qui est l'un des cinq souffles vitaux. La digestion avait une grande importance à l'époque, car le corps est le temple de l'âme et c'est un dharma de le garder en bonne santé, afin d'être dans une harmonie de tous les éléments. Dans l'ayurvéda la nourriture tient une grande place, il y a des aliments Sattviques, Rajiques et Tamasiques qui entre dans la classification des trois gunas. Les aliments sattviques favorisent la méditation, samyama (la maîtrise), la lumière. Les aliments Rajiques et Tamasiques sont peu favorables, voir défavorables pour les derniers, à toute vie spirituelle. D'où l'importance du « samàna ».



3.47


Grahaṇasvarūpāsmitānvayārthavattvasaṁyamādindriyajayaḥ.

Par la méditation profonde, quand la conscience est associée à l'essentiel, il y a dépassement des perceptions du corps.


Quand la conscience du vrai soi est plongée dans l'essence de l'Unité les perceptions des sens ne sont plus un obstacle pour la maîtrise dans la contemplation. Cette essence de l'Unité est dans la vacuité, la béatitude et les techniques de méditation sont là pour permettre d'y accéder par une concentration extrême et le lâcher-prise nécessaire.



3.48


Tato manojavitvaṁ vikaraṇabhāvaḥ pradhānajayaśca.

En conséquence la colère, les sens disparaissent rapidement et c'est la victoire de l'essence originelle.



3.49


Sattvapuruṣānyatākhyātimātrasya sarvabhāvādhiṣṭhātṛtvaṁ sarvajñātṛtvaṁ ca.

Par le vrai détachement, un clair discernement de sa nature matérielle et du vrai soi, le yogi reste ferme dans la connaissance.


Là aussi il s'agit de la connaissance venue de la source, la mère des connaissances, l'inspiration de L'Unité, Satçitananda. Le yogi devient le connaisseur de la source de toutes choses. Il s'agit de la connaissance désignée aussi sous le nom de Veda ou vijnana.



3.50


Tadvairāgyādapi doṣavījakṣaye kaivalyam.

Le non attachement à ces facultés* détruit les racines du mal, détache l'âme de la matière et l'identifie à l'esprit-suprême.


* Par le détachement même des facultés exceptionnelles. Celui qui, à force de maîtrise a de ces facultés approfondies et qui ne s'y arrête pas reste attaché à l'Esprit-suprême, Satnam, L'Unité et se détache, à cause de ça, de tout le reste : la vanité, la matière ''grossière'' et de son soi d'illusion. Les racines du mal sont la nescience, l'absence de connaissance. La connaissance (vijnana) pas les connaissances.



3.51


Sthānyupanimantraṇe saṅgasmayākaraṇaṁ punaraniṣṭaprasaṅgāt.

Le yogi devra refuser la fierté d'être invité par les gens importants, sous peine de voir revenir les indésirables attachements.


Les mystiques qui vont à toutes les invitations des gens importants, politiciens, gens de médias, pour s'étendre, dire leur point de vue, se montrer sont tombés dans le piège de l'ego-spirituel.



3.52


Kṣaṇatatkramayoḥ saṁyamādvivekajaṁ jñānam.

La méditation profonde sur l'instant, apporte la connaissance née de la juste-vue.


Ce verset aurait tout aussi bien pu être traduit ainsi : « Par la maîtrise exercée sur l'instant, une connaissance venue de la perspicacité et du discernement est acquise », mais la maîtrise est contenue dans dhyàna. La perspicacité et le discernement dont parle ce verset sont le discernement et la juste-vue.



3.53


Jātilakṣaṇadeśairanyatānavacchedāttulyayostataḥ pratipattiḥ.

Cette connaissance permet de distinguer ce qui parait semblable.


Ce verset aurait pu être traduit ainsi : « Par cette connaissance, il y a la perception claire de la différence entre deux choses qui paraissent semblables puisque la différence ne peut se faire en fonction de la classe ou de l'espèce, du caractère temporel et de la position sociale ». La traduction publiée ci-dessus est un résumé disant la même chose.



3.54


Tārakaṁ sarvaviṣayaṁ sarvathāviṣayamakramaṁ ceti vivekajaṁ vijñāna.

Cette connaissance, née de la juste-vue, transcende tout. Elle est au-delà des choses, des êtres, de l'espace et du temps.



3.55


Sattvapuruṣayoḥ śuddhisāmye kaivalyamiti.

La Libération est atteinte quand il y a identité de pureté entre la conscience individuelle et le principe divin.


Ce dernier verset du livre trois signifie que quand le méditant, le yogi a fait la connexion, la fusion entre son identité d'homme et le principe divin il y a Libération. Le but de l'incarnation a été atteint. Il y a deux libérations différentes, une qui se dit « Kaivalya » et désigne le détachement de tous les liens, libération (yoga signifiait libération ou liberté). L'autre Libération, qui se dit « kaivalyamukti », désigne la fin du cycle des renaissances. Il a été ajouté le mot « mukti » (délivrance finale) au mot « Kaivalya ».




Chapitre quatre


À propos de la Libération




4.1

Janmauṣadhimantratapaḥsamādhijāḥ siddhayaḥ.


L'accomplissement est fille de la naissance, de l'Observance, du samadhi, et de l'enseignement du guru*.


* « Osadhi » ou « Ashadhi » signifie, en sanskrit, « porteur de lumière », ce mot a signifié « plante médicinale », à cause des anciens guérisseurs védiques qui ont nommé « porteur ou porteuse de lumière » les plantes curatives auxquelles ils prêtaient le pouvoir de transformer la lumière en pouvoir de guérison, ce qui a été confirmé à la découverte de la photosynthèse. Le Guru est ce porteur de lumière, puisque c'est avec cette lumière qu'il dissipe les ténèbres de l'ignorance. « Mantra » signifie ici les paroles du guru, donc son enseignement.



4.2


Jātyantarapariṇāmaḥ prakṛtyāpūrāt.

Toute la Création évolue vers la Libération.



4.3


Nimittamaprayojakaṁ prakṛtīnāṁ varaṇabhedastu tataḥ kṣetrikavat.

Le karma n'est pas l'auteur des conséquences, il encourage seulement le penchant naturel des choses, comme fait le paysan qui perce un monticule pour laisser l'eau couler dans ses champs.


L'initiateur du changement, de l'évolution de la conscience. Il est donné en exemple le paysan riziculteur qui perce un monticule de terre, pour laisser l'eau aller naturellement irriguer toute la rizière. Les conséquence de nos actes ne sont pas à l'initiative des changements mais ils encouragent dans un sens positif ou négatif ces changements par leurs effets.



4.4


Nirmāṇacittānyasmitāmātrāt.

Les sentiments sont principalement des créations de l'ego.


L'ego est le sentiment, la conscience d'être, il ne s'agit pas du faux-ego. L'ego a été donné à l'âme pour qu'elle devienne une entité individuelle capable de dire ''je'', d'avoir une conscience. Ce que tout le monde met sur le dos de l'ego est à imputer au faux-ego. Le faux-ego est une notion habituelle de la Bhagavad-Gîtà et du Bahktimàrga, par exemple.



4.5


Pravṛttibhede prayojakaṁ cittamekamanekeṣām.

La seule conscience mentale est à l'origine de passions et de désirs variés.


4.6


Tatra dhyānajamanāśayam.

Ce qui né de la méditation profonde ne génère pas de résidus.



4.7


Karmāśuklākṛṣṇaṁ yoginastrividhamitareṣām.

Pour un yogi le karma n'est ni blanc ni noir, pour les autres il est de trois sortes*.


* Agressivité, attachement-possessif, ignorance. Cette sentence signifie que le yogi en béatitude est hors d'atteinte du Karma, encore faut-il que sa méditation perdure tout au long de la journée. Un des quatre piliers de La Voie, le service, (ou méditation en action) permet cela. Il est ici question d'un yoga comme l'école Sàmkhya le considère : il ne s'agit pas du yoga comme la grande majorité des occidentaux le voit. Ce n'est pas de faire des postures de souplesse, ni de viser à être plus ''zen'' et en meilleure santé. Raisons très pertinentes au demeurant mais La Voie est celle de la liberation.



4.8


Tatastadvipākānuguṇānāmevābhivyaktirvāsanānām.

D'où ce résultat ; les résidus mentaux ont les qualités des actes qui les ont suscités.



4.9


Jātideśakālavyavahitānāmapyānantaryaṁ smṛtisaṁskārayorekarūpatvāt.

Même si les conditions de vie, le lieu et le temps changent, ces résidus restent inchangés car ils sont inscrits dans la mémoire.



4.10


Tāsāmanāditvaṁ cāśiṣo nityatvāt.

A cause de la constance du désir et de la volonté de vivre, ces résidus n'ont ni commencement ni fin*.


* Anàditva : « sans commencement » ni fin car ce qui n'a pas commencé ne finit pas. Le désir de vivre commence à la naissance et n'a pas de fin tant que l'on vit.



4.11


Hetuphalāśrayālambanaiḥ saṅgṛhītatvādeṣāmabhāve tadabhāvaḥ.

Ces résidus persistent en raison du karma, en se tenant hors du karma les résidus s’effacent.



4.12


Atītānāgataṁ svarūpato'styadhvabhedāddharmāṇām.

Celui qui est au delà du passé et du futur se tient hors de la dualité.


Celui qui est au delà du passé et du futur, c'est-à-dire dans l'instant, vit la fin de la dualité. Le présent est l'unité.



4.13


Te vyaktasūkṣmā guṇātmānaḥ.

Pourtant les propriétés du monde physique, grossières ou subtiles, restent sous l'influence des trois gunas*.


* Sattva, Rajas, Tamas.



4.14


Pariṇāmaikatvādvastutattvam.

Ces transformations coïncident avec l'absolue vérité du principe-essentiel.


Il est ici toujours questions des changements survenus au verset 4.12, à celui qui vit la fin de la dualité grâce à son enracinement dans le présent. Ces changements de conscience sont manifestes ou subtils (4.13) et coïncident avec l'absolue vérité du principe-essentiel. Ce verset dit que le yogi connecté, en conscience, avec le principe essentiel, la vérité, L'Unité se transforme spirituellement entrant en harmonie avec ce principe-essentiel.



4.15


Vastusāmye cittabhedāttayorvibhaktaḥ panthāḥ.

Un mental pris dans la dualité, face à une réalité égale, prendra des chemins différents.



4.16


Na caikacittatantraṁ vastu tadapramāṇakaṁ tadā kiṁ syāt.

La réalité des choses de ce monde ne dépend pas du mental, sinon que se passerait-il s'il ne les percevait pas ?



4.17


Taduparāgāpekṣitvāccittasya vastu jñātājñātam.

Cette vérité suprême est connue ou inconnue, selon la nature du mental.


Si le mental est centré, maîtrisé par l'Observance d'une sadhana qui convient, il connaît la béatitude, s'il est dispersé il ne la connaît pas. C'est ce que signifie ce verset.



4.18


Sadā jñātāścittavṛttayastatprabhoḥ puruṣasyāpariṇāmitvāt.

Le Seigneur divin, inchangeant, sait les constantes fluctuations du mental.


4.19


Na tatsvābhāsaṁ dṛśyatvāt.

Le mental n'est pas sa propre lumière, parce qu'il est un objet d'observation.


Le mental ne possède pas sa propre lumière puisqu'il est un objet extérieur à l'observateur (purusa), à la pure conscience. La lumière vient du Divin. Attention au sens de « purusa » selon l'hindouisme ou l'écoule Sâmkhya. Patanjali relevait plutôt de l'école Sâmkhya qui considère purusa (ou purusha) comme la conscience ou âme douée de connaissance, de sensibilité et de la capacité de jouir.



4.20


Ekasamaye cobhayānavadhāraṇam

L'illumination et la pensée ne peuvent être en même temps.


Le nirvikalpa-samadhi ne vient que lorsque les pensées disparaissent du champ de la conscience.



4.21


Cittāntaradṛśye buddhibuddheratiprasaṅgaḥ smṛtisaṅkaraśca.

Si un mental enseigne à un autre mental, les conséquences sont la disharmonie, les concepts, une perception erronée de la réalité, et la confusion du mental.



4.22

Citerapratisaṅkramāyāstadākārāpattau svabuddhisaṁvedanam.

Une conscience permanente peut réaliser la vraie-connaissance*, contrairement au mental et à ses connaissances.


* Non apprise, venue de l'illumination (vijnana).

 

 

4.23


Draṣṭṛdṛśyoparaktaṁ cittaṁ sarvārtham.

La pure conscience observe le mental affecté par l’énergie des pensées et des émotions.


* Quand la pure conscience peut observer le mental c'est qu'elle est identifiée à elle-même et plus au mental.



4.24


Tadasaṅkhyeyavāsanābhiścitramapi parārthaṁ saṁhatyakāritvāt.

L'esprit, bien qu'influencé par les innombrables résidus des fluctuations, a un but élevé : celui de faire coïncider l'apparent et l'essentiel*.


* C'est la Réalisation, le but de toute pratique. Être en phase, faire coïncider la pure conscience et la conscience mentale, l'Unité et la dualité est un but du yogi. Le but suprême reste la Libération.



4.25


Viśeṣadarśina ātmabhāvabhāvanāvinivṛttiḥ .

Pour celui qui connaît son véritable soi, le désir d'auto-satisfaction est vanité et sa détermination est grande de faire cesser les fluctuations.



4.26


Tadā vivekanimnaṅkaivalyaprāgbhārañcittam.

Alors le discernement sera renforcé et tout ce qui est changeant, dans la nature humaine, prendra le chemin de la Libération.



4.27


Tacchidreṣu pratyayāntarāṇi saṁskārebhyaḥ.

Mais tout peut-être remis en question par les activités du mental, les idées préconçues et les concepts.



4.28


Hānameṣāṁ kleśavaduktam.

Ces idées préconçues, ces concepts peuvent être écartés, comme vu précédemment pour le fardeau des souffrances.



4.29


Prasaṅkhyāne'pyakusīdasya sarvathā vivekakhyāterdharmameghaḥ samādhiḥ.

Au plus haut degré, la juste vue, un constant détachement, le discernement engendrent la fusion dans la vérité sans nuage.



4.30


Tataḥ kleśakarmanivṛttiḥ.

Alors il n'y aura plus de souffrances, d'adversité ni de karma.



4.31


Tadā sarvāvaraṇamalāpetasya jñānasyānantyājjñeyamalpam.

La conscience de la béatitude transcende les insignifiantes connaissances personnelles, alors tous les artifices et l'incertitude se dissipent.



4.32


Tataḥ kṛtārthānāṁ pariṇāmakramasamāptirguṇānām.

Ainsi s'accomplit le propos des évolutions successives et la fin des incarnations.



4.33


Kṣaṇapratiyogī pariṇāmāparāntanirgrāhyaḥ kramaḥ.

Ceci met fin au cycle des incarnations.



4.34


Puruṣārthaśūnyānāṁ guṇānāṁ pratiprasavaḥ kaivalyaṁ svarūpapratiṣṭhā vā citiśaktiriti.

La Libération est l'accomplissement ultime de l'âme. La matière est transcendée, la vraie nature de l'être, et la force de la connaissance absolue sont révélées.


* « La matière est transcendée » signifie que les trois gunas retournent à leur état initial, que la conscience est retournée à la nature essentielle, l'Unité, d'où elle vient.






FIN